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Publié le 13 décembre 2015 | par redaction

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Interview Fellag

Fellag est de retour au Théâtre de Villefranche avec son nouveau spectacle qui retrace ses 20 ans de carrière : Bled Runner.
Photos ©Denis Rouvre

L’humoriste philosophe

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Il est des hommes qui diffusent un charme indéfinissable, simplement par la manière dont ils s’expriment. Fellag est de ceux-là. Humoriste plusieurs fois primé, acteur, écrivain et philosophe à ses heures, il a ce talent incomparable de pouvoir traiter avec humour de sujets de société qui ne prêtent pourtant pas toujours à rire. De l’autodérision Fellag a fait une arme dont il use contre les clichés, les amalgames, les inégalités ou la bêtise humaine… mais toujours avec lucidité, et c’est ce qui fait toute sa force.

BlocNotes : L’autodérision est votre moyen d’expression favori. Votre nouveau spectacle Bled Runner conserve-t-il
toujours le même esprit ?

Fellag : Oui, absolument ! Je vais même pousser un peu plus loin l’exploration de son utilité, parce que cela permet à la fois de changer la vision que les autres peuvent avoir de vous et de porter un regard sur soi qui va au-delà de la lucidité. C’est une façon de se mettre à nu et de communiquer avec l’autre qui peut sembler quelqu’un de mystérieux, de dangereux ou d’inconnu. Cela permet de créer une réelle communion avec le public.

BN : Quelle est la thématique de Bled Runner ?
S. B. : Je raconte la vie d’un Algérien depuis l’âge de 5 ans (durant la guerre d’Algérie) jusqu’à sa fuite devant l’intégrisme et son arrivée en France. En passant par tous les problèmes, les tourments, les espérances que le personnage traverse, j’effectue un va-et-vient constant entre l’Algérie et la France, avec une sorte de malice interculturelle. De fait, c’est vraiment un nouveau spectacle articulé autour de mes 20 années d’écriture.

BN : Avez-vous modifié un peu le ton ou le fond de votre spectacle en fonction des événements récents ?
Fellag : Mes spectacles ne traitent pas de l’actualité directe. J’essaie de cerner les choses qui sont cachées derrière les faux-semblants, l’image qu’on a les uns des autres ou l’image qu’on peut avoir de la marche du monde. Ce spectacle est un voyage à travers les textes qui ont émaillés mes 20 ans de carrière, des extraits significatifs de la situation de l’époque mais qui demeurent d’actualité, voire même qui le sont davantage, le tout agrémenté de textes nouveaux qui font le lien et créent une continuité. Après la terrifiante tragédie du 13 novembre, je me suis posé la question angoissante de savoir si nous n’avions pas franchi un mur et si nous pouvions encore entendre, écouter, voir les choses de la même façon. Cela a fait l’objet d’un débat avec mon équipe, mon metteur en scène, mon producteur, et nous avons décidé de ne pas apporter de modifications profondes au spectacle, mais plutôt de peigner mon texte afin qu’il soit moins folklorique, et qu’il s’inscrive dans un regard correspondant. Il n’y a pas d’autocensure ni d’adaptation, c’est plus dans le phrasé, dans la manière d’exprimer le texte que je dis ma solidarité, ma peine et mon empathie pour les victimes de cette tragédie qui nous touche tous.

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BN : Cette période troublée influe-t-elle sur le ressenti du public à l’égard de vos spectacles ?
Fellag : Une semaine après les terribles assassinats du 7 janvier 2015, je jouais mon spectacle “Petits chocs des civilisations” devant une salle de 800 personnes au théâtre d’Asnières. Dans le feu de l’émotion, je me demandais comment le public allait réagir. À ma grande surprise, j’ai constaté une sorte d’osmose avec le spectacle et entre les deux publics (50% d’Algériens et 50% de Français de souche, comme on dit) qui était absolument bouleversante. Ce fut l’un des moments les plus forts de toute la carrière du spectacle et cela prouve que le public a la capacité d’intégrer l’écriture, quelle que soit la gravité des événements.

Autour du spectacle
Rencontre avec Fellag, mardi 19 janvier à l’issue de la représentation.
Dégustation de pâtisseries orientales et thé à la menthe réalisés par l’association Main dans la Main, mercredi 20 janvier à l’issue de la représentation.
Projection du film Monsieur Lahzar de Philippe Falardeau et avec Fellag au cinéma Les 400 coups, mercredi 20 janvier à 20h, suivi d’une rencontre avec Fellag à l’issue de la projection vers 21h30.

Fellag sera au Théâtre de Villefranche pour son spectacle Bled Runner le mardi 19 janvier à 20h30 et le mercredi 20 janvier à 19h30.

Un personnage touchant, sensible, drôle et généreux à découvrir ou à redécouvrir à l’occasion de sa troisième venue au Théâtre de Villefranche.

Sa seule arme devant la bêtise et la grisaille, c’est un humour ravageur, sans concession, une capacité rare à pratiquer l’autodérision qui provoque un rire libérateur et salvateur. L’humanité



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